carnaval de limoux

Pour avoir vécu en Guyane Française, où le carnaval est une véritable institution et représente une tradition séculaire, me rendre à Limoux était un incontournable !

La petite histoire du carnaval

Il est hérité de l’Antiquité et trouve ses racines dans les Saturnales romaines (célébration du dieu de l’agriculture et du temps) et les Sacées en Mésopotamie (célébration du passage de l’hiver au printemps, le renouveau de la nature). 

Puis la religion catholique s’est emparée de ces fêtes païennes pour en faire une période faste (de l’Epiphanie au Mardi Gras), qui précède le jeûne du Carême. 

Le carnaval était aussi une période de liberté, où les rôles entre les plus pauvres et les puissants s’échangent. Les uns pouvaient se travestir et se moquer ironiquement des autres. C’était une façon de diminuer les tensions sociales et d’éviter les révoltes !

Un carnaval atypique à Limoux

Dans l’Aude, le carnaval de Limoux a traversé les âges. C’est une tradition vieille de 400 ans et qui perdure encore aujourd’hui. 

Ses origines sont débattues (probablement du fait de son origine populaire, basée sur une tradition orale). 

Ce qui est sûr, c’est que de tout temps, Limoux a eu une renommée de ville festive. Au Moyen Age, c’était une cité riche et tournée vers le commerce extérieur (notamment la draperie, comme Venise). Les carnavals étaient fêtés partout à l’époque mais il a pris plus d’ampleur à Limoux qu’ailleurs. 

Au XIXè siècle, les toulousains venaient toujours faire carnaval à Limoux.

Aujourd’hui encore, ce carnaval a ses codes, ses thèmes et ses musiques. C’est un ballet bien rôdé et les groupes qui défilent se sont préparés des mois à l’avance.

Suivez-moi au Carnaval de Limoux

Les festivités carnavalières ont lieu chaque année, durant 10 semaines, pour finir chaque dimanche des Rameaux.

Chaque week-end, des bandes font le tour de la place principale, bordée d’arcades. 

Vous pouvez assister à 3 tours différents par jour:

Le matin, une petite scénette satirique sur l’actualité (toujours masquée) précède le tour de la place.

L’après-midi, les carnavaliers défilent sur des musiques entraînantes, avec des costumes de pierrot et leurs traditionnelles carabènes (fins roseaux décorés aux couleurs des costumes).

Le soir, le tour se fait à la seule lumière des entorches, sur un rythme lent et solennel. 

A la fin de chaque longueur de place, les carnavaliers entrent dans un bar, pour pouvoir se découvrir (interdit de se découvrir en public, évidemment!) et boire un verre.

La musique aussi obéit à des codes bien précis. On compte environ 70 musiques officielles. Sur des airs d’opérette, chaque air raconte un épisode de l’histoire de Limoux. Les paroles étaient chantées autrefois, en patois. Elles ne le sont plus. Mais, tandis que les pieds foulent le sol (rythme marqué par les pas lourds des danseurs et qui rappelle les vignerons qui foulent le raisin), les gestes doivent raconter l’histoire rattachée à l’air de musique.

Les badauds eux aussi font partie intégrante du carnaval: vous êtes interpellés avec humour par les scénettes qui se jouent devant vos yeux, ou par les goudils (drôles de personnages masqués qui vous chuchotent à l’oreille et vous touchent du bout de leur carabène). Les pierrots masqués vous lancent avec malice des pleines poignées de confettis. Les yeux des enfants brillent. Vous êtes entraînés dans la danse et suivez le cortège en cadence.

L’envers du décors du carnaval de Limoux

Chaque bande se prépare tout au long de l’année (pour réaliser les costumes, préparer les scénettes, et pour le plaisir de se retrouver!).

Lors de leur semaine de passage, la fête commence dès le mercredi: il faut bien faire la fête, pour se mettre dans l’ambiance! Puis le jour J est intense, avec les 3 passages qui s’enchaînent.

Chaque carnavalier est fidèle à sa bande, toute sa vie bien souvent. Il est fier de porter les traditions, les faire vivre… sans oublier le plaisir et les moments de partage !

Mon carnaval à moi…

Je trouve que connaître l’histoire de ce carnaval permet de lui donner plus de profondeur. J’imagine mieux ce qu’il représentait à une époque où les classes sociales ne se mélangeaient pas et ce qui se jouait sous les masques.

J’éprouve aussi beaucoup de respect pour cette tradition, très codifiée mais qui a su s’adapter aux évolutions de la société, pour arriver jusqu’à nous.

J’imagine les moments forts que les participants doivent vivre en groupe. Même en tant que spectatrice, je suis emportée par ces danses collectives, et ces rythmes qui font vibrer tous les cœurs à l’unisson.
Enfin, cet anonymat complet (toute la peau doit être cachée, de la tête aux pieds, en passant par les cheveux et les mains) m’intrigue. Il doit être grisant de pouvoir être quelqu’un d’autre (et surtout qui l’on veut!), sous un masque, même pendant un court moment de l’année!

Bref, cette découverte du carnaval de Limoux me donne envie d’y revenir l’année prochaine !
Se laisser porter par la foule. L’émotion des danses et des chants collectifs. La joie de retrouver chaque année ce même rendez-vous. 

Des émotions vieilles comme le monde mais qui font toujours autant de bien.

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