
Aujourd’hui direction la méditerranée, du côté de Perpignan, en Catalogne. En se jetant dans la mer, les Pyrénées dessinent ici une jolie côte découpée, où les falaises abruptes et les petites criques alternent avec les charmants ports de plaisance.
On y trouve aussi le village préféré des français en 2024 (Collioure). Mais j’ai cherché à découvrir ce qu’il y avait derrière la carte postale.
Ma curiosité m’a amenée jusqu’à un atelier de restauration de barques catalanes, sur le beau et surprenant site de l’Anse des Paulilles. Et là, j’ai découvert un pan de l’histoire de ce territoire, étroitement lié à la pêche. Cette activité est désormais très limitée (faute de poisson, en fait). Elle a pourtant fait vivre des milliers de familles (jusque dans les années 60) et elle fait clairement partie de l’ADN des catalans de la côte. Allez, je vous embarque?
C’est quoi, une “voile latine”?
Pour la pêche traditionnelle, on retrouve sur tout le pourtour méditerranéen (de l’Italie à l’Espagne, en passant par le versant africain) des barques à voiles latines.
Elles ont différents noms, selon les régions et la fonction : bettes, cassou (les plus petites et à fond plat, pour naviguer sur les étangs), sardinal ou llagut (les plus grandes, qui vont sur la mer, équipées d’une quille).
Mais ce sont leurs caractéristiques communes qui les rassemblent en une grande famille : extrémités pointues, mat unique implanté plutôt à l’arrière du bateau et penché vers l’avant (pour garder le centre de gravité au centre de la barque), voile unique triangulaire (de 70 à 90 m2 environ). Ces particularités ont été pensées (il y a fort longtemps!) pour une meilleure adaptabilité aux variations de vent, si fréquentes sur la Méditerranée. Futés, les anciens!
Il y a bien longtemps, du côté de Collioure…
Dans cette région, la pêche majoritaire était celle aux anchois et aux sardines.
La particularité de ces petits poissons, c’est qu’ils suivent la course du soleil (ou une lumière dans la nuit). Au fil du temps, plusieurs techniques se sont succédé. Tout d’abord, la pêche au filet maillant vertical a été pratiquée pendant des siècles: tous les bateaux étaient solidaires et plongeaient leurs filets en même temps pour barrer la route aux bancs de poissons, qui se dirigeaient vers le soleil. Puis elle a été remplacée après la seconde guerre mondiale par la pêche au lamparo: de nuit, une grosse lampe sur le bateau principal attire les poissons, et des filets sont tendus par les bateaux annexes. Enfin les chalutiers ont fait leur apparition dès le début des années 60. Ces détails sont assez techniques mais vous verrez par la suite qu’ils ont leur importance.

Mais revenons en 1900, à Collioure. Une grande partie de la population vit de près ou de loin de la pêche (des charpentiers de marine jusqu’aux marins, en passant par les ramendeuses, les saleuses des usines de conditionnement d’anchois…).
Les principaux chantiers de marine se trouvent à Collioure et à Banyuls-sur-mer mais leur savoir-faire rayonne bien au-delà des côtes catalanes. Il faut savoir que le métier de charpentier de marine est un travail de passion, qui nécessite une expertise patiemment acquise.
Chaque charpentier a ses propres gabarits, qu’il adapte à chaque construction. Les arbres qui servent à la construction navale sont soigneusement sélectionnés pour leurs courbures, qui doivent suivre la forme du bateau. Pour les barques catalanes, la proue de chaque embarcation est unique et représente la signature du charpentier.
Enfin, comme rien ne se perd (à Collioure comme dans tous les ports), les fonds de pots de peinture servent à peindre les façades des maisons. Vous êtes-vous déjà rendus dans l’ancien quartier des pêcheurs de Collioure? Même si on n’y croise plus de marins, il a gardé son charme d’antan, avec ses façades multicolores. Vous ne les regarderez plus de la même façon!
Tout ça, c’était avant car la vie et la société ont évolué, à Collioure comme ailleurs. Au lendemain de la première guerre mondiale, l’activité de pêche a commencé à se transformer. De traditionnelle, elle est devenue plus intensive, le poisson s’est fait de plus en plus rare et la concurrence de plus en plus rude.
Parallèlement, le tourisme s’est développé, permettant à la population de se reconvertir. Des plages ont été aménagées et la côte a changé de visage. Il n’y avait plus de place pour les pêcheurs. On a donc brûlé les dernières barques en 1968 à Collioure. Elles étaient devenues inutiles et encombrantes… Mais le souvenir de cette période est resté gravé dans la mémoire de nombreux pêcheurs. Aujourd’hui encore, certains préfèrent ne plus parler de leur ancien métier, tant le traumatisme reste profond.
Avec l’activité en mer, les nombreux métiers qui étaient rattachés ont périclité les uns après les autres. Les chantiers de marine ont fermé leurs portes. Plus de ramendeuses (qui venaient réparer les filets à chaque retour de pêche), les usines de salaison de poisson ont fermé. Seules quelques barques ont échappé aux flammes, cachées dans des jardins ou derrière des haies. Et Collioure est devenue avant tout une ville romantique, connue pour sa lumière et son joli petit port…
Une histoire qui aurait pu mal finir
Pendant près de 40 ans, ce passé est resté en dormance. Et on aurait pu en rester là si des amateurs n’avaient pas eu l’idée de restaurer les quelques barques survivantes. Or ils avaient besoin de conseils spécialisés pour leur restauration. C’est ainsi qu’en 2010, a été créé l’atelier de restauration des barques catalanes. Elle est l’œuvre conjointe du Conseil départemental des Pyrénées Orientales (dont l’atelier dépend directement) et du Conservatoire du Littoral. Il a pour mission la préservation du patrimoine maritime et la sensibilisation du grand public à ce sujet.
C’est ainsi que des visites du chantier sont organisées, pour les curieux ainsi que les écoliers de la région. Il permet également la formation d’apprentis charpentiers de marine. De plus, chaque premier week-end de septembre, a lieu un grand rassemblement de voiles latines à l’Anse des Paulilles.
Un patrimoine qui renaît de ses cendres
Si les voiles latines font partie du patrimoine matériel des côtes catalanes, la navigation sur ces embarcations constitue un patrimoine immatériel, qui était également en péril. En effet, peu de marins savent manier la voile latine car la technique de navigation est très particulière. Mais le renouveau de ces barques permettra sûrement de conserver ce savoir-faire ancestral.
Même si aujourd’hui la grande majorité de nos anchois viennent du Maroc, la tradition renaît et c’est tant mieux. Vous pouvez désormais admirer des barques bariolées dans les ports de Collioure, Saint Cyprien ou encore du Barcarès.
Deux conserveries sont également en activité à Collioure. Parmi elles, la maison Desclaux vous propose une visite retraçant l’histoire de la pêche aux anchois.
Enfin, chaque année début juin, la fête de l’anchois bat son plein et rassemble professionnels et gastronomes. C’est l’occasion de vous laisser surprendre par les nombreuses recettes qui mettent ce petit poisson à l’honneur, de l’apéritif au dessert (si, si!).

Et si vous aussi, vous aimez regarder derrière les cartes postales, n’hésitez pas à me contacter pour des bonnes adresses! Je vous organiserai avec plaisir un séjour sur-mesure. Vous trouverez tous les détails de mes services sur ce site ou en me contactant directement sur Instagram ou via le formulaire de contact.
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A bientôt
Hélène