
Ça fait longtemps que je voulais la faire. Alors, cette année, j’ai bloqué le week-end longtemps à l’avance. C’était 2 jours sans ma petite famille (que des obligations familiales appelaient ailleurs) donc la liberté totale! C’est donc avec joie (mais aussi une pointe d’appréhension) que je suis partie seule, comme pendant mes années étudiantes.
Mon objectif: vivre MA transhumance, comme je l’entendais. J’ai pu le faire et je l’ai savourée comme un fondant au chocolat
Un samedi à Laguiole
J’ai commencé par une petite randonnée. Des narcisses plein les champs, les oiseaux qui se chamaillent, le doux roulis de la rivière en contrebas, des paysages vallonnés à perte de vue, le bruit régulier de mes pas sur le chemin et la chaleur du soleil sur ma peau. Une parenthèse solitaire et qui remet les pieds sur terre. Bref, une bonne introduction, qui me permet de couper de ma vie citadine trépidante et de mes petites ruminations.

Puis, après avoir fait le tour du village, je pars à la visite de la coopérative Jeune Montagne. C’est là qu’est fabriqué le Laguiole, fromage au lait cru, de qualité, cousin du cantal. Je découvre l’histoire de cette coopérative de producteurs passionnés, qui ont un jour décidé de créer l’AOP Laguiole, pour sauver leur métier et leurs traditions. Ils ont su allier savoir-faire ancestral et modernité, avec un cahier des charges exigeant, permettant un travail du lait cru, et des installations modernes pour prendre le relais des hommes dans les tâches les plus physiques.
Enfin, je ne pouvais pas partir de Laguiole sans avoir visité une coutellerie. Le célèbre couteau local n’a plus de secret pour moi. La visite de groupe a été l’occasion d’échanger quelques mots avec les autres visiteurs.
Il est alors temps de rentrer au gîte qui va m’héberger pour la nuit. Il est dans la vallée du Lot, à Espalion, sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Là, un autre monde m’attend. Un monde qui vit en parallèle du nôtre, au rythme des pas des “jacquets » (nom des pèlerins qui se rendaient autrefois à Compostelle). Autour du repas et d’un thé, j’ai aimé partager leurs aventures et leurs multiples anecdotes et rencontres en chemin. J’ai croisé des personnes, toutes uniques, et qui se lançaient dans cette odyssée pour différentes raisons. J’ai aussi fait la connaissance des jeunes femmes qui tiennent le gîte, accueillantes et dans l’échange.
Sur leurs conseils, je me suis levée tôt le lendemain pour rejoindre St Côme d’Olt à 7h30 et assister au passage du 2è troupeau en route pour les estives.
Un dimanche de transhumance
A St Côme, quelques badauds lève-tôt (comme moi) se massent autour des vaches qui boivent à la fontaine du village. C’est leur première pause sur la longue route qui les conduit vers les burons.

J’engage la conversation avec un paysan, à qui j’ai 10 000 questions à poser! Marcher au rythme régulier des vaches, dans le petit matin. L’écouter me raconter son métier, ses joies et ses galères, son attachement à sa terre. C’est un moment juste, où tout semble aligné.
En montant, le paysage change. On laisse la vallée du Lot en contrebas pour gagner le plateau de l’Aubrac. Mystérieux, battu par les vents, sauvage. Seuls quelques burons et villages témoignent d’une présence humaine. Mais la nature domine ici, par la force qu’elle dégage. Il faut s’éloigner de la foule pour bien le sentir. Ça me donne d’ailleurs envie de faire un bout du chemin de St Jacques, qui passe par St Chély… Ce sera une autre aventure.
La transhumance en Aubrac n’est pas une tradition si ancienne que je le pensais (elle daterait d’après-guerre). C’est devenu une fête pour les touristes, avec ses vaches décorées, mais autrefois, la migration en estive pour l’été permettait aux paysans des vallées de faire les foins dans tous leurs prés (même les plus pentus!). C’étaient les buronniers qui avaient la charge des troupeaux tout l’été. Ils les gardaient, les trayaient, faisaient le fromage et réalisaient le travail d’affinage. Un travail de titan, quand on sait qu’un fromage cantal ou laguiole pèse 5 kg une fois affiné (donc bien plus quand il est frais!). De plus, la particularité des vaches Aubrac (tout comme les Salers), c’est qu’elles ne produisent du lait qu’après que leur veau ait amorcé la lactation: imaginez le travail que représentait alors la traite!
Aujourd’hui, les paysans parquent leurs bêtes. Et comme elles sont surtout élevées pour leur viande, ils peuvent leur rendre visite tous les 3 jours seulement. Plus de traite ni de travail de fromagerie.
La transhumance, quant à elle, est devenue une fête qui attire beaucoup de monde, de tous âges confondus. Les exposants à Aubrac parlent de leur pays et montrent leur savoir-faire. L’aligot file, accompagné de saucisses grillées. Je retrouve mes compagnons de visite de la veille. Un homme derrière son stand me présente son musée de la cornemuse. La cornemuse? Dans l’Aubrac? Et oui, la cabrette, instrument traditionnel local, est une sorte de cornemuse.
Les vaches sont accueillies chaleureusement par la foule, à chaque arrivée de troupeau, et accompagnées jusqu’à leur estive.
Retour à la maison
Je rentre finalement chez moi pleine de ces paysages variés. Mais surtout riche de toutes les rencontres que j’ai faites (paysans, marcheurs, responsables de gîte, compagnons de visite, cabretaire…). Je garderai en mémoire ces regards, ces échanges. Mais aussi mes impressions au contact de cet environnement et des différents univers que j’ai traversés.
Mieux qu’un cours de yoga, je reviens avec cette vibration à l’intérieur, que je cherche dans chacun de mes voyages. Mon diapason a trouvé sa résonance et je me sens vraiment vivante!
