
Pendant les vacances d’automne, nous sommes allés en famille dans les Cévennes gardoises.
Vous connaissez les Cévennes? C’est un massif de moyenne montagne qui s’étend sur 3 départements: la Lozère, le Gard et l’Ardèche.
Je vous partage ici ce que j’ai appris de ce pays et qui fait sa singularité. Pour aller à la rencontre de ce territoire, nous avons discuté avec des habitants (cévenols et néo-cévenols) et nous sommes allés visiter Maison Rouge, un musée super bien fait qui retrace l’histoire de cette partie des Cévennes et met en avant le patrimoine local.
Si je devais résumer ce qui, à mon sens, fait la particularité de cette région, je dirais:
son histoire, son environnement et sa capacité à se réinventer.
Les héritiers des Camisards
Il faut tout d’abord remonter le temps au XVIIIè siècle, pendant les guerres de religion entre catholiques et huguenots (protestants).
A la révocation de l’Edit de Nantes, en 1685, qui supprime la tolérance de culte laissée aux protestants de France, les Cévenols, en majorité protestants à l’époque, entrent en guerre. C’est le début d’une longue et sanglante période de résistance des Camisards contre le pouvoir royal et l’Église Catholique, jusqu’à la Révolution Française.
100 ans de guerre dont on retrouve les stigmates aujourd’hui, dans le patrimoine et l’état d’esprit.
Les cimetières catholiques côtoient les temples protestants. Ce trait (atypique en France) rappelle l’ancienne opposition entre les 2 camps. Il montre aussi que ces années de lutte contre le pouvoir n’ont pas entamé la cohésion entre les habitants.
Enfin ce passé résistant a fondé l’identité cévenole. Le désir de liberté, le respect du droit à l’altérité sont restés très présents. C’est au nom de ces valeurs que des paysans cévenols ont pu affirmer haut et fort leurs convictions dreyfusardes ou qu’ils ont caché de nombreux juifs lors de la 2nde guerre mondiale. Aujourd’hui encore, les habitants tiennent à une certaine liberté de pensée et sont solidaires pour entrer en résistance et faire respecter leurs valeurs.
Un environnement étroitement lié à la vie des hommes
Imaginez des pentes escarpées, la forêt à perte de vue, au milieu de laquelle émergent quelques villages par ci par là, des routes tortueuses à flanc de montagne.

Les Cévennes peuvent paraître sauvages et très isolées, de prime abord. Les habitants ont pourtant appris à composer avec cet environnement inhospitalier et à l’apprivoiser au fil des siècles. Il a fallu adapter le type d’agriculture au terrain: châtaigniers et ruches dans les zones les plus pentues, vignes et maraîchage quand l’homme pouvait aménager des terrasses, oliviers là où le climat était plus clément, élevage de brebis et de chèvres sur les plus hautes terres.
Si les hommes ont façonné le paysage, la montagne, elle, a façonné les mentalités.
Face à cet environnement rude, les caractères le sont aussi (comme dans toutes les zones de montagne). Il faut un temps d’observation avant que le pays vous adopte. Prendre le temps, connaître toutes les saisons, avant de cerner à qui on a affaire. La confiance se gagne.
Les Cévennes ou l’art se réinventer pour aller de l’avant
L’histoire économique montre que les Cévenols ont su saisir les opportunités quand elles se présentaient.
Tout d’abord, avec la religion protestante s’est développée l’instruction pour tous. Filles et garçons apprennent tous à lire la Bible en français, à une époque où peu de paysans vont à l’école.
Ensuite la culture des châtaigniers a été un moyen de subsistance et de commerce pendant des siècles. Mais quand, au XVIIIè siècle, une maladie commence à décimer les châtaigniers, il faut trouver de nouvelles alternatives.

C’est à ce moment-là que les filatures se multiplient, avec l’élevage des vers à soie. Les cévenols s’adaptent et remplacent les châtaigniers par les mûriers, pour pouvoir nourrir ces vers à soie. La vie est plus facile, l’économie locale tourne à plein régime, c’est l’âge d’or des Cévennes.
La condition de la femme commence également à évoluer: c’est à cette période que naissent les premiers syndicats et qu’est créé une caisse de solidarité d’ouvrières.
Mais voila: la filière s’industrialise rapidement et les filatures locales sont rachetées petit à petit par des industriels.
Si on ajoute à cela les nouvelles maladies qui touchent les mûriers puis le déclin de l’industrie textile, la région finit par plonger dans une profonde crise économique. On assiste alors à un exode massif.
On pourrait alors imaginer un déclin qui se poursuit. Mais pas du tout! Les habitants choisissent de prendre le tournant du développement durable, juste continuité du lien qu’ils ont tissé avec leur environnement.
Mais pour que ce choix soit viable, ils ont besoin de soutien. Ils font donc reconnaître leurs particularités, pour mieux les valoriser: création du Parc National des Cévennes en 1970, reconnaissance d’AOP (pélardon, oignon doux et plus récemment châtaigne), réserve de biosphère, réserve de ciel étoilé depuis 2018, reconnaissance au patrimoine mondial de l’Unesco dans la catégorie des « paysages culturels évolutifs vivants », au titre de l’agro-pastoralisme méditerranéen.
Aujourd’hui, si l’agriculture représente encore une part importante de l’activité économique, c’est surtout le tourisme qui se développe. Mais l’un ne va pas sans l’autre: les paysans entretiennent les paysages, permettant de développer un tourisme durable et de vendre leur production localement grâce à la marque « Esprit parc national », gage de qualité.
Les variétés anciennes et locales (de pommes, châtaignes, ou encore oignon doux), bien adaptées à cet environnement, sont valorisées . De même que les modes de culture traditionnels: on n’a pas trouvé mieux que les terrasses de la Vallée de l’Hérault, appelées bancels, pour faire pousser les oignons doux. Le pélardon, petit fromage qui permettait de conserver le lait des quelques chèvres de la ferme, bénéficie désormais d’une AOP. Enfin le mouton, un animal rustique et parfaitement adapté aux rudes conditions des Cévennes, prédomine ici.
Mais la reine incontestée reste quand même la forêt! Elle recouvre plus de 70 % de la surface du territoire et contribue fortement au caractère du Parc national. Elle abrite une biodiversité exceptionnelle, ce qui permet aux abeilles de produire un miel savoureux.
La réserve de biosphère a d’ailleurs pour mission principale de protéger cette biodiversité (avec 2 400 espèces animales, 2 300 espèces de plantes) et d’entretenir les traces d’une histoire millénaire (dolmens et menhirs, châteaux médiévaux, églises romanes, hauts lieux camisards…).
Les Cévennes vues par des cévenols
Guy, notre hôte à Saint Jean du Gard:
Il nous accueille dans la maison de vacances de son enfance.

Il nous explique que cette maison, construite à flanc de montagne, était en fait une ancienne maison de guet, qui donnait l’alerte au hameau d’en face (de l’autre côté de la vallée), du temps des camisards.
Pour lui, il y a les Cévennes des montagnes et celles des plaines. Ici on est côté montagne, avec des personnes assez rudes et au caractère affirmé.
L’histoire locale a donné en grande partie le caractère actuel des cévenols. Il apprécie l’isolement, les ciels étoilés et l’apparente rudesse des gens, même si elle complique un peu l’intégration au début.
En revanche, il voit depuis 30 ans les Cévennes changer peu à peu de visage: la forêt gagne du terrain au détriment des cultures en terrasses, exigeantes à entretenir. Heureusement que le tourisme maintient la vie dans ces montagnes et apporte une ouverture sur le monde.
Frédéric et Amandine, chevriers à Mialet:
Ce couple de néo-cévenols a racheté une ancienne chèvrerie 9 ans plus tôt.
Frédéric me dit qu’il se sont bien intégrés car ils sont arrivés humblement et ont “survécu” au dur métier de chevrier. “Nous faisons un travail que les dernières générations de cévenols ne veulent plus faire, en connaissance de cause. C’est aussi comme ça que nous avons gagné leur respect.” Pour lui, c’est le patient travail des hommes qui a rendu cette terre “habitable”. Et il a clairement le sentiment de reprendre le flambeau et de poursuivre humblement ce travail séculaire.
Ils travaillent dans le respect des animaux et avec une belle éthique. Ils ont aussi choisi de transformer leurs châtaignes en crème et farine. Leurs bons produits se retrouvent sur les marchés, dans les supérettes locales et dans un magasin de producteurs.
Séverine, cévenole depuis des générations:
Elle travaille dans le secteur du tourisme.
Pour elle, les Cévennes, ce sont avant tout ses racines, des souvenirs d’enfance en famille, de balades en forêt, de poêlées de châtaignes et de baignades estivales dans les rivières.
Son pays est aussi synonyme de bien-vivre. Et c’est par amour pour lui qu’elle a décidé d’y rester et de le faire découvrir aux visiteurs de passage.
C’est un territoire qui accueille de plus en plus de nouveaux habitants, et apprend à les intégrer tout en gardant ses traditions bien vivantes.
Pour elle, le tourisme constitue l’avenir des Cévennes, et est indissociable de l’agriculture et du respect de la nature.

Au final, en alliant rencontres, découverte du patrimoine et activités nature, nous avons pu toucher du doigt l’identité de ce pays. Suffisamment en tout cas pour nous donner envie d’y revenir!
Enfin, ce n’est pas un hasard si Robert Louis Stevenson a choisi les Cévennes, avec son ânesse Modestine, pour faire un point sur sa vie. Je garde dans un petit coin de ma tête que ce petit coin de France peut être une destination idéale pour un voyage d’introspection.
Si cet article vous a plu, vous pouvez me retrouver sur le compte instagram experiences_et_compagnie.
Et n’hésitez pas à me solliciter pour l’organisation d’escapades authentiques, riches d’expériences et de belles rencontres!
A bientôt
Hélène